Merci Jean-Marc, lettre ouverte à Patrick Cohen

Cher Patrick Cohen, je t’écoute tous les matins ou presque et j’y prends généralement plaisir (excuse moi de te tutoyer alors qu’on ne se connait pas, mais c’est une des habitudes que j’ai acquise en 25 ans de métier, entre journalistes, on se tutoie, qu’importe le rang et la célébrité). Mais là, mercredi, tu m’as gonflé. Gonflé grave même.
Patrick Cohen

Patrick Cohen (Image Radio France)

Que tu chambres le premier ministre, c’est ton métier. Mais quand il dit un truc intelligent, à savoir que la PQR fait un boulot sérieux et plus proche de la vie des gens que les éditorialistes parisiens, tu pourrais retenir un peu les chevaux.
Il avait sacrément raison notre premier ministre et il a fallu que tu te moques. Mais ce n’est pas de Jean-Marc Ayrault que tu t’es moqué, c’est des 6000 journalistes de province.
Pas sarcastique ton billet de 7h43 le mercredi 26 septembre 2012 ? Mes camarades plumitifs en sabots apprécieront, surtout la deuxième partie, en voici le texte intégral : « Un rapide coup d’œil sur la presse régionale ce matin… C’est la condamnation de Total pour la pollution de l’Erika, qui fait la Une des journaux de l’Ouest :Presse OcéanOuest-France. « Erika pour l’exemple » titre encore La Nouvelle République. Sinon vous avez Arnaud Montebourg, attendu un peu partout. Chez Petroplus aujourd’hui, Arcelor demain, c’est la manchette de L’Est républicain. Et la question du Havre libre : « que faut-il attendre de Montebourg ? » Sinon, à la Une de Nice Matin, vous apprendrez, enfin façon de parler, que les cartables sont toujours trop lourds. Et à la Une de L’Ardennais, que l’agresseur de prostituée voulait la découper en morceaux. Voilà c’est fait, Monsieur le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault… Vous avez bien fait d’engueuler ces crétins de journalistes parisiens qui ont osé vous questionner sur l’affaire Duflot et la cohésion de la majorité. »
Et toc, un  persiflage gratuit balancé dans pas loin de huit millions d’oreilles. S’adresser à 3,91 millions d’auditeurs, ce n’est pas rien, c’est vrai. Mais, cher Patrick, sais-tu qu’à la même heure, un peu plus de 18 millions de Français ouvrent un quotidien de la presse régionale (on connait même des cumulards qui lisent la PQR avec Patrick Cohen dans les oreilles).
Sais-tu, cher Patrick, que nous autres journalistes d’outre-périf, sommes 5878, auxquels s’ajoutent les 1840 qui oeuvrent dans la presse hebdomadaire régionale, ce qui fait à la louche le triple de l’effectif de la presse nationale ?
Sais-tu, cher Patrick, que parmi les 2176 journalistes salariés de la radio de service public – ta propre maison – tous ne sont pas enfermés dans la maison ronde et qu’ils sont un bon paquet dans les 43 stations régionales de France Bleu où ils effectuent, eux aussi, un boulot remarquable ?
Sais-tu surtout, cher Patrick, que la PQR à papa est morte ou à l’agonie et que ceux qui se battent chaque jour pour faire leur métier, en dépit du fait que leurs entreprises soient dans l’état économique de la Grèce ont depuis longtemps des exigences de qualité et de professionalisme que pourraient leur envier bien des éditorialistes de grands titres ?
Sais-tu enfin, cher Patrick, que croiser ses lecteurs (ou ses auditeurs pour les copains de France Bleu) tous les matins en achetant son pain, ça donne un sacré sens des responsabilités ?
Allez, cher Patrick pour te prouver que je t’aime bien, je t’invite. Viens passer une semaine en stage dans ma locale. En sortant, je parie que tu sera 100% d’accord avec Jean-Marc Ayrault, sur tous les points de son discours. Oui, la PQR fait un boulot sérieux. Oui, la PQR essaie de traiter les sujets qui concernent ses lecteurs. Et Oui, cher Patrick, la cohésion de la majorité, le samedi à la caisse du Leclerc où se regroupent les lecteurs de la PQR et une partie de tes 3,9 millions d’auditeurs, ça concerne un peu moins que le prix de l’essence ou la crise du logement, justement.
Dis moi quand tu viens. Si les piaules de FJT qu’on réserve parfois à nos stagiaires d’été ne te conviennent pas, il y a un Novotel à deux pas du journal. Et si vraiment tu veux tenter l’immersion, on a aussi des gites ruraux pas loin.
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24 commentaires

  1. Bonjour, de quelle émission (quel mercredi), et à quelle heure précise notre PatCo national vous a-t-il offensé ? J’ai essayé de retrouver la ré-écoute sur le site de France Inter mais sans succès.

  2. Il n’est malheureusement pas le premier journaliste parisien à dénigrer la PQR. J’ai le souvenir (amer) d’une émission de C+ où Ariel Wizman, dont j’apprécie par ailleurs le travail (lorsqu’il est sur le terrain), s’est montré assez vachard avec cette presse qui « fait de l’inauguration d’une salle des fêtes un événement national »… Pathétique.

  3. 100% d’accord. Ex-Parisienne vivant désormais à Lyon, je peste tous les matins en écoutant Inter et/ou Europe. De manière plus anecdotique, le point traffic est très éclairant. Je sais précisément combien de km de bouchons il y a entre la porte de Bagnolet et la porte d’Orléans. mais si Lyon est entièrement paralysé par un méga accident sur son périph, je ne l’apprends jamais par la radio.

    1. Je ne vois pas où est la « faute d’accord » dans l’expression « excuse moi » qui étant bien formulée sur le mode impératif d’un verbe du premier groupe ne prend pas d’S contrairement à ta suggestion.

  4. Le problème, enfin, dans mon coin, c’est que la PQR (2e quotidien régional de France pour les ventes) fait un boulot formidable pour couvrir l’actualité internationale et nationale, mais que par contre, sur les sujets locaux qui fâchent (environnement vs industrie, décisions absurdes d’élus ou de services de l’état qui font pourtant l’unanimité contre elles, problèmes sociaux de fond, etc.), là, c’est le grand n’importe quoi, au point qu’on se dit qu’un envoyé spécial de LIbé aurait fait un meilleur papier sur le sujet… C’est con ou dingue, au choix, mais c’est comme ça…

  5. Question : est-il vraiment nécessaire de répondre à cette baudruche inconsistante qu’est Patrick Cohen ? Si vraiment, on parle de journalisme, alors ce n’est pas le métier de ce monsieur, qui est certainement beaucoup plus proche d’un patrick Sabatier que de n’importe quel grand reporter. Ces soit-disant star du journalisme sont la honte de votre profession, tellement ils font mal leur « travail ». Pourquoi s’abaisser à tenter de leur parler, à eux qui sont incapables d’écouter.

  6. Excellent billet.
    Sais-tu (excuse-moi, hein, on se tutoie dans la profession, c’est toi-même qui l’a écrit), sais-tu disais-je si Patrick Cohen a pu lire cette lettre ouverte ?

    1. Ne disposant pas des coordonnées personnelles de Patrick Cohen, j’ai envoyé le lien vers ce billet grâce au formulaire présent sur le site internet de France Inter. Je n’ai pas eu de retour ni de Patrick Cohen ni de son staff.

  7. Vu que le site d’arrêt sur images a évoqué votre texte, soyez certain que P.Cohen l’a lu. En tant que modeste journaliste parisien, j’ai aimé votre défense du métier en général. J’ai écouté et eu un sursaut en écoutant France Inter ce matin là. Cela dit, la pique d’Ayrault était très maladroite. Dresser les uns contre les autres, n’est-ce pas ce que ce gouvernement reprochait vertement au précédent, avec raison à mon sens, avant de faire strictement la même chose?

  8. Pour l’avoir écouter il est capable de dire tout, et surtout n’importe quoi sur des sujets qu’il ne connait visiblement absolument pas. Lamentable!

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