Tu bosses à Libé ? Sauve ta secrétaire !

liberation1Belfort, septembre 2013. Rencontre avec un ami d’ami, de passage, pas de la région. Tu fais quoi dans la vie ? Moi ? je suis le chef d’un journal qui va disparaître. Ah bon, tu bosses à Libé ?

Non, en vrai, je ne bosses pas à Libé. A l’époque, je tiens tant bien que mal la barre du Pays, édition comtoise de l’Alsace, dont la fusion avec l’Est Républicain, qui fut son concurrent pendant 33 ans sera actée le 30 septembre.

Un quotidien local qui tire moins de 10000 exemplaires qui fusionne avec son concurrent, qu’est-ce que ça à à voir avec Libé ?

Le Pays n’a pas été créé par Jean-Paul Sartre. Il est né sous l’impulsion d’un certain Jean-Marie Haeffele, qui n’était pas un imbécile non plus. Et tous ceux, journalistes, commerciaux, porteurs etc. qui ont travaillé au Pays étaient convaincus de participer à une aventure unique, qu’ils savaient fragile mais qu’ils croyaient éternelle.

Le 30 septembre 2013, le dernier Pays est tombé de la roto de l’Alsace. Le 1er octobre, le premier Est Républicain-Le Pays est sorti de la roto d’Houdemont. L’enfant ressemble plus à l’un de ses parents qu’à l’autre… qu’importe. Les contrats des 38 salariés (dont 19 journalistes) ont été repris par l’Est Républicain. Personne n’a perdu son boulot, personne n’a perdu un sou, nous avons gardé notre ancienneté et gagné des vacances. Une cession de ce type, sans conséquence sociale, c’est assez rare pour être signalé. La presse française a perdu pas loin de 2000 emplois (journalistes compris) en 2013. Alors les blessures d’ego…

La fusion de deux quotidiens de province, qu’est-ce que ça à à voir avec Libé ?

Eh bien çà : que tout journalistes bien informés que nous étions, nous avons tous cru au père Noël. L’actionnaire n’allait pas oser… Les lecteurs allaient défendre leur journal, ils y étaient tellement attachés (à plus de 90%, ils achètent aujourd’hui l’Est Républicain-Le Pays sans ronchonner. Moi-même, abonné à Libé depuis longtemps, il ne me faudra que sûrement que quelques jours pour m’habituer au Monde ou à un autre). Les politiques allaient défendre la pluralité de la presse (à six mois des municipales, ils ont préféré rester en bons termes avec celui qui restait. Comment leur en vouloir?)

Quatre mois plus tard, la PQR de l’est de la France a un peu amélioré ses chances de survie économique et la disparition du Pays n’a pas bouleversé grand monde. D’ailleurs, chers confrères de Libé, ça vous rappelle quelque-chose le Matin de Paris, l’Aurore ou France-Soir ?

Il y a un beau combat à mener aujourd’hui, celui qu’auraient peut-être mené July et Sartre. Que les inévitables fermetures de titres (parce qu’après Libé, il y en aura d’autres) ne deviennent pas des drames sociaux. Les grands reporters et les belles plumes se recaseront sans trop difficultés, les éditorialistes pourront toujours aller éditorialiser à Canal + ou chez Pascale Clarke. Il vous reste un défi : faire en sorte que vos secrétaires de rédaction, vos assistantes, vos standardistes, vos agents d’accueil et vos femmes de ménage n’aillent pas noircir les statistiques du chômage. Vous leur devez au moins çà.

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